HISTOIRE

 
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collectionner la photographie contemporaine



 

 

UNE BRÈVE HISTOIRE DE LA PHOTOGRAPHIE

 

Le sténopé : l’ancêtre grec de l’appareil photo


Il faut remonter à l’Antiquité pour trouver les prémisses de la photographie, avec la description d’un principe de « chambre noire » par Aristote qu’il nomme « sténopé » - de stenos (étroit) et opé (trou) : un petit trou creusé dans une boite noire fait office d’objectif photographique et rapporte en son fond une image de forme inversée, comme dans l’œil.
 
L’anglais Johannes Kepler le perfectionne au 17ème siècle par ajout de lentilles devant le trou et donne à son procédé un nom issu du latin et de l’optique : « camera obscura ». La taille de la camera en question peut maintenant avoir celle d’une pièce entière, mais toujours aucune lumière ne doit fuiter !
 

 
 

1826 : la première photographie

 
Au 18ème siècle, on sait former l’image au fond de la boite noire mais on ne sait toujours pas la fixer. Il faut attendre les nombreuses expérimentations du français Nicéphore Niepce, qui décide de placer au fond de la camera obscura une plaque sensible qui retienne l’image : grâce à du bitume de Judée et 10 heures de pose, rien de moins ! Et voilà la première photographie prise, en 1826, à Chalon-sur-Saône.

 

© Nicéphore Niepce,1826, Chalon-sur-Saône

 

Nicéphore Niepce & Louis Daguerre : le binôme inventeur de la photographie


Dès 1829, Nicéphore Niepce s’associe à Louis Daguerre, talentueux décorateur de théâtre et inventeur du diorama (décors panoramiques animés par des jeux de lumières), pour développer ses recherches.

Louis Daguerre a l’idée de fixer les images en déposant des poudres phosphorescentes au fond de sa camera obscura. L’image n’y est retenue que quelques heures avant de disparaître, mais le temps d’exposition est réduit à seulement quelques minutes. Voici posé le principe de l’appareil photo : le daguerréotype, qu’il met au point en 1840 !


studio de daguerréotype
 


1839 : date officielle de l’invention de la photographie

 
Mais c'est François Arago, astronome, physicien & homme d'Etat, qui, conscient de l'importance potentielle du procédé, le révèle en 1839 à l’Académie des Sciences. L'Etat Français achète le brevet et le place dans le domaine public, l'offrant ainsi au monde entier !

 
 
 

1841 : la naissance du tirage multiple


Les anglais sont aussi très actifs : en 1841, William Henry Fox Talbot est à l’origine du principe de tirage photographique en inventant le négatif. Parce que la date de sa découverte est très proche de 1839 et qu'elle est capitale dans l'essor de la photographie, Talbot est souvent revendiqué par ses compatriotes anglais comme l'inventeur de la photographie.


Le premier négatif ©William Henry Fox Talbot

 
 

1903 : et la couleur fut


C’est Louis Ducos, artiste et photographe français qui, en 1868, applique la trichromie à la photographie : 3 prises de vues superposées dans les trois couleurs primaires. Mais ce sont les frères Auguste et Louis Lumière qui la perfectionnent et la développent industriellement : l’autochrome, première technique industrielle de photographie couleurs, est breveté en décembre 1903.

 
La première photo couleur ©Louis Ducos
 
 

Peintres & photographes : les frères ennemis

 

En ce début de siècle, le mode de production industriel de la photographie la met en contradiction totale avec la création artistique, artisanale par principe. Peintres et photographes au mieux s’ignorent, au pire se combattent, mais aucun ne peut ignorer l’influence grandissante de ce nouveau média sur la création artistique de l’époque !

L’arrivée de la photographie, qui saisit la réalité objective, a poussé la peinture vers l’impressionnisme et son interprétation subjective de la réalité. D’autres, tel Eugène Delacroix, loin de la considérer comme une rivale de la peinture, suivent avec intérêt son développement et l’utilisent dans leur processus de création.
 

 

La photographie devient œuvre d’art : merci Alfred

 

Dès les années 1910-20, la photographie tente de se faire admettre dans les beaux-arts par le biais du pictorialisme, qui privilégie l’impression donnée au détriment de la précision du document.

Des initiatives disparates naissent en Europe jusqu’à ce que l’américain Alfred Stieglitz s’impose comme chef de file, avec une interprétation artistique de paysages en jouant sur la profondeur et les effets de lumière.

Egalement marchand d'art, il fut l'une des premières personnalités à organiser des expositions et lancer des revues uniquement sur le médium, élevant ainsi la photographie au rang d'œuvre d'art.
 

Exposition de photographie à la Galerie 291 d'Alfred Stieglitz

 

 

1925 : le premier Leica


C’est connu, les guerres sont des périodes de forte inventivité et c’est à l’issue de celle de 1914-1918 que des petits appareils maniables vont libérer l’imagination des photographes, qui tentent des prises de vues en plongée, contre-plongée, vision latérale, plans rapprochés…

La photographie s’est affranchie alors de son principal inconvénient : le manque de transportabilité, et s’ouvre la voie à la création artistique par sa maniabilité !


Leica Modèle A, 1925

 

L’après Grande Guerre : la photographie trouve ses Grands Maîtres


Cette voie nouvelle dans le domaine artistique trouve son apogée après la Grand Guerre, avec plusieurs mouvements novateurs et décalés qui font émerger des artistes reconnus encore aujourd'hui comme des maîtres de la création photographique :

- le mouvement Dada, qui, par opposition à la guerre qui fait rage, encourage une liberté de création sous toutes ses formes et fait de Raoul Haussmann un des précurseurs du photo-montage.

- la célébrissime école allemande du Bauhaus, où la photographie y est enseignée au même titre que les autres disciplines de l’art, avec le constructiviste Moholy-Nagy en tant que professeur et théoricien principal.

- le surréalisme qui pousse Man Ray à réaliser un nombre de clichés expérimentaux tous plus célèbres les uns que les autres, où il explore la solarisation, I’inversion ou la surimpression, à côté de travaux plus utilitaires de mode ou reportages.


©László Moholy-Nagy


©Man Ray


L’après 1939-45 : plus rien à prouver


Après la Seconde Guerre mondiale, la tendance en Occident est à la représentation lyrique d’un homme universel, avec des célébrités comme Henri Cartier-Bresson, Robert Doisneau, Willy Ronis...

Des "écoles" se forment, surtout en Allemagne : l’école de Essen (1950-1963) dont Otto Steinert sera l’enseignant, est axée sur la photographie subjective et une interprétation personnelle de l’image pouvant aller jusqu’à l’abstraction ; et l’école de Düsseldorf, au contraire consacrée à la photographie objective des Bernd et Hilla Becher qui marqueront leur époque par un choix de thèmes artistiques particuliers (catalogues d’usines, réservoirs) et un rigoureux traitement de l’image en noir et blanc (éclairage, cadrage, format).

L’école de Düsseldorf génère des descendants prestigieux comme Andreas Gursky, Candida Höfer, Thomas Ruff, Thomas Struth… qui atteignent dès les années 1990 le sommet du marché de l’art !


©Otto Steinert


©Bernd et Hilla Becher


©Andreas Gursky